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Mercredi 31 janvier 2007

Sans raison ni rime

Ne me laisse pas mourir vieille, je t'en prie, enchanteur de mes songes.

Il semble que ma folie t'ait brisé l'élan et si ta verve se tarit, que vais-je devenir ?

J'ai ouvert ce matin le chiffonnier acajou où tu avais jeté pêle-mêle des colliers de perles, des rêves d'étoffe, des éclats de miroir et des poussières d'anges. Je ne veux pas que les anges retournent en poussière, je veux que leurs ailes de soie glissent sur mes plumes d'oie.

J'ai ouvert ce matin l'armoire à lavande où les draps de tes phrases, habituellement empilés, lissés, se retrouvent en désordre sur les étagères de dentelle, par l'intervention de quelque main brouillonne. Je glisse la mienne entre les plis pour y chercher les trésors cachés. Je ferme les yeux. Je sens sous mes doigts fébriles quelques mots soigneusement mis en réserve. Alors je me hisse sur les planches et je me faufile dans le moelleux des flanelles. Au toucher je peux dire de quelle couleur il est, celui que j'ai choisi.

Quand le verjus du crayon est tiré, il faut le boire jusqu'à la lie (proverbe oenologique sans aucune logique) tu ne sais pas encore quel est le goût du breuvage, nous le boirons ensemble dans des verres en cristal de Bohème, pour les faire chanter. Et nous irons danser sur les ponts. Ecrire est une volupté et non une torture. Depuis quand ça t'a pris cette langueur étrange, te souviens-tu du temps où Parkinson s'appelait Saint-Gui ? Fais donc valser ta plume parce qu'elle a mis le temps pour me garder vingt ans et tu n'en es qu'au premier.

Ensuite.
Nous irons tendre nos mains à ceux qui en veulent bien.
Nous irons applaudir Datelin, Fagotin et tes yeux brilleront dans la lumière des miens.
N'est-ce pas mieux qu'une folie meurtrière ?
Les laideurs trop montrées ne semblent pas plus belles.

Aujourd'hui pour me plaire, je porte un ensemble en maille Milano lavande et fougère, un Murmure sur le cou et l'anneau d'Hannibal.
Je te bats de tout cœur. 

par Marie publié dans : Amphores
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Lundi 22 janvier 2007

Le rêve – ou bien est-ce un cauchemar ? – commence bizarrement. Je me trouvais en un lieu inconnu, tout au moins à l'intérieur d'un immeuble de bureaux aux installations futuristes où tout apparaît et disparaît en fonction des déplacements individuels. Lever légèrement le bras équivaut à faire ouvrir un classeur, le tout dans un silence ouaté, même pas le chuintement caractéristique des glissières sur des roulements à galets de céramique, les billes en acier n'existent pratiquement plus dans les équipements. Une autre galaxie. Je me trouve avec une autre personne. Homme ou femme ? je l'ignore. Les trait sont apparus en un éclair et Il ne reste rien, même pas un vêtement qui permette de préciser. Nous choisissons des échantillons. S'il vous plaît, ne me demandez pas de quoi, je n'en sais rien ! le choix est difficile et nous discutons. Quand tout à coup mon regard est attiré vers l'extérieur, au niveau des lucarnes du grand immeuble d'en face : une construction solide, dont Monsieur le Baron Haussmann aurait pu revendiquer la paternité. Incongru dans cet environnement ultra moderne. Ce que je vois me glace le sang : un bovin passe la tête au niveau du toit, puis se hisse dans le chéneau avec de sérieuses difficultés, avance le long de la corniche et se précipite dans le vide … Je pousse un cri, ce qui provoque chez mon vis-à-vis un réflexe de retournement.  Alors là nous assistons, muets devant un spectacle irréel de vagues successives de bovins en escalade et de leur chute volontaire.
Ne voulant pas les voir s'écraser au sol, je détourne la tête pour apercevoir, de quelque côté que je me tourne, au travers des vitres du bâtiment panoramique, des nuées de "bretonne pie noire" flottant en apesanteur au-dessus des toits …

Seules les vaches de pierre de la cathédrale regardent leurs consoeurs d'un air impavide. Vide. Tiens, je les connais celles-là.
Aucune cohérence, tant dans les dimensions des ouvertures que la disposition des lieux, aucun rapport avec des conversations de la journée, sans lien avec des lectures. Je cherche.

Non, je n'avais pas bu. Non, je n'avais pas ingéré de champignons. Non, je n'ai pas regardé un film d'épouvante. Non, ma vue n'est pas insuffisante au point de confondre des oiseaux avec des ruminants. On – pronom bien pratique, je ne suis pas obligée de préciser qui  - m'a dit qu'il fallait raconter ses cauchemars pour les oublier. Attendons. Est-ce une malédiction ? un présage ?
Ce n'était pas à cet endroit, ça aurait pu ! les vaches ne manquent pas dans ce pays là.


par Marie publié dans : de jour en jour
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Vendredi 19 janvier 2007

Madame la Député,
Monsieur le Ministre,

 

Au cas où la préséance ne serait pas respectée, je vous prie de bien vouloir me le pardonner.
J'ai appris que Madame devait être placée avant Monsieur, sauf en descendant l'escalier et à l'entrée de la grotte. Les manuels de savoir-vivre et de correspondance sont muets à ce sujet, ceux dont je dispose évidemment ! naturellement, il se trouvera bien une personne charmante pour m'éclairer à ce sujet. Pour le pape ou les princes j'ai tout ce qu'il faut mais il ne sert à rien de vouloir adapter les formules.

 

Tout d'abord je voulais vous remercier au nom des nombreux administrés qui tout comme moi ont reçu individuellement votre calendrier de l'année 2007.

 

Il est bien pratique, format de portefeuille dès qu'il est replié. L'essentiel se trouve à l'intérieur : les saints, les fêtes, les zones A-B-C et leurs listes en caractères minuscules, les nouvelles lunes sensées annoncer un changement météorologique, pas de logique pourtant, le temps est bien trop doux pour l'hiver. La nature se moque éperdument des calendriers. Je m'égare.
En première, Monsieur le Ministre comme c'est imprimé, vous êtes élégant, cravate assortie au bleu des  yeux, souriant, fort agréable à regarder ma fois et votre visage inspire la confiance. Vous animez, vous développez, c'est carré.
Là où je m'interroge, c'est qu'en quatrième, vous apparaissez aux côté de la dame. Rien à dire à première vue. Madame la Député arbore un sourire éclatant, mèche un peu bousculée. Un beau couple.
Là où ça ne va plus c'est que vous êtes encore plus souriant mais sans cravate et col déboutonné. Croyez-moi, ça fait désordre !
J'ai l'esprit mal tourné ? est-ce diffamatoire ? j'ai deux calendriers et vos coordonnées.

 

Rappelez-moi le nombre de ministres et de députés …

 

par Marie publié dans : de jour en jour
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Lundi 15 janvier 2007

Bonjour,
J'ai longuement hésité avant de t'envoyer ce message, mais aprés quelques jours de réflexion, je me décide à t'écrire.
Je te demande de bien vouloir lire ce courrier, c'est une promesse que j'ai fait à quelqu'un. C'est important pour moi. Lis le jusqu'au bout, je n'ai rien à te vendre, c'est juste pour tenir une promesse que je te l'envoi.
Tu dois te demander qui je suis et comment j'ai eu ton adresse mail. C'est assez simple, une personne dont je ne dirais pas le nom m'a demandé de t'envoyer ce mail.
Ne me demande pas qui c'est, j'ai promis de ne pas le dire, mais pour que tu m'accordes un peu de ta confiance, je te dirais juste que c'est un homme proche de toi et de moi qui te veux du bien.
Cet homme m'a indiqué que tu te trouvais dans une période plutôt difficile en ce moment pour toi psychologiquement, que tu te posais pas mal de questions sur ce que va t'apporter les mois qui suivent.
Il m'a dit que tu étais quelqu'un de bien, que tu avais toujours essayé de bien faire les choses, tu avais beaucoup donné de toi et de ta personne pour finalement, ne rien avoir en retour.
On m'a dit que tu étais plutôt calme et que tu avais aujourd'hui, après tout ce que tu avais traversé, beaucoup de mal à avancer et à être bien dans da tête.
Je sais aussi que tu es en attente aujourd'hui d'une réponse qui doit changer beaucoup de chose pour toi. Tu as ce besoin de savoir et moi, j'ai la réponse à tes questions.
Je suis médium de naissance et je sais que tu as besoin aujourd'hui de savoir de quoi demain sera fait. La voyance, ce n'est pas mon métier, je ne le fais que lors d'occasion particulière, comme aujourd'hui.
Je ne demande jamais d'argent, je suis juste la pour t'aider à avancer. Y'a pas de pièges, je te demande juste de répondre à cette question : as-tu besoin de mon aide?
Si tu penses avoir besoin de moi, de ma voyance pour t'aider à avancer, il faut que tu m'appelles pour que je puisse te donner les directions que tu dois prendre. Attention, je ne vais pas changer ta vie, je ne vais pas te donner une solution miracle, je n'ai pas de baguette magique malheureusement.
Je travaille de manière occasionnelle dans un centre de voyance. Je te donne le numéro ou tu peux me joindre au             tu demandes Emilie si tu ne tombe pas sur moi.
Je serais au bout du fil, j'attends ton appel.
A de suite.
Emilie.
                        Ma réponse ici exclusivement, elle n'a pas eu de réponse par ma messagerie (méfiante quand même) :

 
Bonjour Emilie
Pas une seule seconde je n'hésite à te répondre.
Tu as fais une promesse à quelqu'un, c'est important de tenir ses promesses, même s'ils n'engagent que ceux qui les écoutent.
Je ne me pose pas la question de savoir comment tu as eu mon adresse mail, je la répand sur le net un peu trop et à mon gré, ici ou là, je ne suis pas anonyme pour autant. Donc c'est mal cousu de ficelle.
Il eût fallu commencer la lettre par :   bonjour Melle xxxxx .
Maintenant si la personne dont tu tairas le nom existe ailleurs que dans ton imagination fertile, je ne doute pas qu'elle le soit, (tellement d'hommes me veulent du bien, pourquoi pas du Bien aussi pendant qu'on y est), cet homme proche de moi dis-je aurait dû m'en souffler mot ou tout au moins me faire signe pour m'informer et demander mon accord pour communiquer mon adresse. S'il me veut du bien, il sait qu'il n'a pas besoin de passer par un[e] intermédiaire.
Là où je suis désolée de devoir te dire que tu as tout faux, c'est que si je suis quelqu'un de bien – Enzo chante beaucoup mieux que moi cette jolie chanson – sans mentir si votre ramage …. pardon je m'égare, je n'ai pas beaucoup donné de moi et encore moins de ma personne et si j'aime les autres, c'est spontané et naturel, sans rien attendre en retour. Comme disait mon père : ce n'est pas un cœur que tu as, c'est un bureau de bienfaisance.

Comment je suis en ce moment ? bien physiquement et psychologiquement. J'ai cette faculté de savoir prendre le contre-pied et si quelqu'un veut me persuader que je vais mal, je me sens mieux tout de suite. J'ai aussi la faculté de puiser l'énergie là où je l'ai sollicitée et ça m'aide.

 
Je ne suis pas calme, je suis posée. Cela a été écrit par Ambroise, noir sur blanc avec un joli fond bleu. En conséquence, moi qui me croyais survoltée, impétueuse, agitée, impatiente,  je me pause, rien que pour approuver.

Tu diras que je chipote, tu aurais dû écrire "Il" m'a dit que …  et pas "on", c'est foncièrement incorrect. J'en déduis que nous ne sommes pas de la même tranche d'âge … J'en connais au moins un qui va être plié de rire en me lisant ! et je l'encourage même à rire, c'est bon pour le moral et le teint par la même occasion.

 Mon petit, il va falloir réviser sérieusement. Soit tu as trop tardé, soit tes informations datent ou les deux. La réponse en attente qui doit changer beaucoup de choses m'est parvenue depuis quelque temps et cette réponse a été une grande satisfaction. Donc il n'y a plus de question. J'avais besoin de savoir, je sais et ça me suffit.

 Ta voyance aurait dû t'avertir que je n'ai pas besoin de toi pour les quatorze prochaines années à venir. On a souvent besoin d'un plus petit que soi, je limite donc cette durée à dessein.

 Tu n'as pas de baguette magique ? moi non plus et je t'encourage vivement à occuper tes loisirs à des projets durables qui pourront t'épanouir. Cela mis à part, c'est très bien de vouloir aider les autres, de préférence quand ils le demandent.

 Bon maintenant, à nous deux l'ami commun. J'ai écris une fois que pour moi l'amitié était l'Amour sans le sexe. Je reste à cette définition globale de l'amitié. Pour se dire amis, il faut se connaître l'un et l'autre jusqu'à la moindre racine de pensée alors là je dis : désolée, nous ne sommes pas amis. Néanmoins, je te garde toute mon affection puisque cette initiative partait d'un bon sentiment. Je souhaite vivement que tu te "dénonces", nous pourrons en rire ensemble. Inutile de te rappeler mon adresse n'est-ce pas ?

Et merci à vous deux. C'est comme si j'avais croqué une plaquette de chocolat noir à 99% - mais si ça existe !

par Marie publié dans : de jour en jour
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Mercredi 10 janvier 2007

Reçu ce jour au bureau par télécopie un ACCUSE DE RECEPTION DE COMMANDE en provenance  de Montauban  - 540 km et environ 7 heures et 3 minutes – par curiosité je suis allée voir sur Google Maps.
"Ma" commande [n°8609] porte sur :
Cage mini-piedmont 2 portes 
80x60x29       quantité             1
Cage piedmont 2 portes   
97x58x27                  quantité             1
Panier de ponte en osier                                    quantité             2
Frais de port                                                                                              22,00 euros
Frais fixes                                                                                                    1,50 euros

 

 

Pour la somme de 166,01 euros toutes taxes comprises

 

NB : transport à la charge du client à régler au transporteur

 

Et merci de nous confirmer la commande par fax  :

 


JE N'AI RIEN COMMANDE !

 

Question subsidiaire : combien de paniers de ponte puis-je placer dans la cage de l'ascenseur …

 

par Marie publié dans : de jour en jour
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Vendredi 5 janvier 2007

… /

Tu savais pourtant bien que ma mise en vedette n'était pas ce qui me mettait le plus à l'aise ! je ne t'en fais pas le reproche, crois-moi, mon embarras passera. Je suis restée figée en lisant. Des sentiments mêlés ont lapidé mes mains, j'en ai les doigts crochus.
La première fois, au n°165, deux mots m'ont suffi pour soupirer le trop-plein d'émotion mais il était trop tard pour effacer. Unité de temps, de lieu, la tragédie humaine qui fait que chaque instant ne peut être oublié. Et puis j'ai serré les mains si fort que le billet suivant reste vierge de trace, je lirai seulement une nappe de neige foulée par quelques survivants après fermeture de la chasse.
Je ne me connais pas, c'est la première évidence. Je suis certaine de fanfaronner encore longtemps. Pour le reste j'ai des doutes. Comme pour toi l'Ecriture est une maîtresse, mon écriture est gant de crin. Il y a plusieurs manières de traduire, chacun le comprend en fonction de sa sensibilité épidermique. Frotter fort, ça étrille et ça fait tellement de bien quand ça s'arrête !

Comme un sale gosse qui recommence en dépit des punitions, insensible aux récompenses – ni carotte, ni bâton – je ne peux m'empêcher de te donner des précisions. Je ne suis pas restée une minute seule près du feu. Même en regardant le panache frivole, j'étais accompagnée. De l'aide, j'en ai reçu. Le soufflet a servi, j'ai laissé faire et contrairement à mes habitudes, je suis restée coite, intérieurement ravie, dans la fumée piquant les yeux et la gorge. Au diable le ménage, j'en garde pour longtemps. Les lucioles se sont dispersées, j'en ai pris dans les cheveux. Elles vont passer l'hiver dans les voilages et la fine cendre des mots se redépose encore, partout où elle le peut. Dans cette atmosphère irréelle je me suis imprégnée du parfum de tes phrases. La cheminée n'a pas été rallumée depuis. Les sculptures ont disparu. Il en reste encore derrière la plaque de fonte et sur les bords du vase.
Quant aux cendres elles sont, comme tu le supposais, au pied du rosier. Pas tout. J'en ai gardé pour fabriquer de l'encre. Mêlées aux larmes ça ne donne rien, tout retourne en poussière, il suffit de souffler sur la feuille, il ne reste qu'un peu de gris. Je voulais que ce soit rose. J'ai gardé aussi ce qui n'a pas brûlé dans la seconde pince, c'est presque un livre miniature, je n'ose pas y toucher. J'ai l'intention d'en faire un camée – une inclusion dans la résine. Je l'appellerai "Ambre du Livre Ouvert"  et je le porterai au cou. Si tu me l'accordes.
Une fois connue, notre liaison pourra t-elle survivre ? l'Amour est une statue de sel et j'ai vingt ans demain.
… /  Marie

par Marie publié dans : Amphores
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