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Jeudi 31 août 2006

Ces fleurs champêtres, lorsqu'elles fleurissent en masse sur des terres demeurées incultes, évoquent immanquablement les inconnus sacrifiés aux champs de bataille de la grande guerre et de temps à autre un passé méconnu .

 

Quelques phrases lâchées du bout des lèvres - comme si à les entendre les mêmes drames pouvaient se renouveler – ont révélé la triste fin de Joseph. Des images terribles ont hanté les années d'enfance de Marguerite. Ils sont partis ensemble un matin, vers quelle destination ? l'histoire ne le dit pas. Il fallait longer des haies d'épineux dont les bras s'emmêlaient pour griffer au passage, ensuite traverser la voie ferrée où seuls les rails luisaient sous la pluie, un train à vapeur assurant au quotidien le lustrage du fer. Ce matin-là, comme tous les autres, le père et la fille cheminent. Comme tous les jours ils doivent bien parler ensemble et peut-être chanter ! Comme tous les jours, arrivés à la voie ils s'arrêtent. Le train gronde et n'est plus bien loin. Alors il la lâche et se jette sous le train.

 

On la retrouvera au sol, hébétée, couverte du sang de son père. Marguerite a cinq ans.

 

par Marie publié dans : Elle
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Jeudi 31 août 2006

En ce février 1900 l'hiver est plus que rude, rien à faire dans les champs, pas de feu, pas de soupe, la chandelle est soufflée et les nuits sont fort longues. Le quatrième "mari" de Marie, ouvrier agricole toujours ivre, Joseph, des rives de la Lippe, n'a d'autre occupation que de bourrer la belle – je veux qu'elle soit belle, ce serait trop injuste, elle n'a que dix-sept ans, un mètre quarante-cinq et déjà trois garçons. S'est elle laissée faire ? a-t-elle participé ? était-elle violée ? la paillasse de foin n'en a rien révélé, le sol de terre battue non plus. Qui pouvait se préoccuper de son sort ?  Elle alla donc à terme et mit au monde Marguerite, en octobre, le 23.

par Marie publié dans : Elle
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Dimanche 27 août 2006
Cher Ambroise,
Le dallage en méandres que je suivais tout à l'heure m'a fait repenser aux difficultés de compréhension entre nos échanges. Même si tes mots - sans être totalement transparents - sont précis, je remarque que mes insuffisances sont de plus en plus fréquentes : j'interprète et le résultat de mes cogitations n'est pas juste. C'est seulement maintenant que je comprends mon erreur de nom.
Après avoir préparé quelques pots de confitures grâce à l'aimable obligeance de fils aîné venu cueillir les prunes, entre parenthèses il m'en a généreusement laissé trente kilogrammes [c'est tout de suite plus lourd quand tu l'écris en entier] j'ai pu reprendre le cours de mes lectures et là, ô surprise, j'ai trouvé exactement les termes qui vont te faire comprendre et surtout te convraincre de la justesse de mes affirmations. Je ne peux résister à l'envie de te les livrer tels quels, seule l'image accompagnant la citation était protégée par le R que je suis incapable de reproduire ici. J'arrangerai ça demain. J'espère ne pas avoir d'ennui pour le reste, je cite l'auteur et j'ai trouvé de quoi me sentir valorisée.

« Il ne suffit pas de savoir lire pour être lecteur. La lecture est une activité élitiste, mais c’est une élite à laquelle tout le monde peut appartenir. C’est par la difficulté et par la lenteur que nous atteignons les étoiles. Il faut du temps. Or, dans une société où tout va vite, où l’on croit obtenir tout sans effort, difficulté et lenteur sont des expériences que l’on rejette. Au bout de l’effort, pourtant, il y a le plaisir »

Ces propos tenus par Alberto Manguel, écrivain argentin, montrent, mieux que je ne saurais l’exprimer ma réalité de lecteur puisque je m'affirme comme telle. Ne me dis pas que j'ai fait une faute d'orthographe à tel, je suis une lecteur. point. Maintenant  que je sais être à la recherche du plaisir, alors là  je décomplexe (perte de complexité) si tu connais le mot, prête-le moi !  Ainsi je pourrai redoubler d'efforts.

Ces jours prochains, je vais m'absenter un peu alors fais-moi penser à laisser un papier à la boulangère et surtout fermer le gaz. Merci de ton aide précieuse . Bisous
Marie

par Marie publié dans : Aïe
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Mercredi 23 août 2006

Appuyer sur un bouton pour déclencher l'écriture d'un texte, Pavlov l'avait rêvé, Marie l'a fait. 

Sylva : …Du gris que l'on prend dans ses doigts et qu'on roule ….

Constantine :Cigarettes et whisky et p'tites pépées, te laissent groggy, te rendent un peu cinglé

Bizet :L'amour est enfant de Bohèmeencore que la célèbre cigarière ne roulât pas ses clopes mais les cigares entre les cuisses

Gainsbourg : …Dieu est un fumeur de gitanes …

Lavoine : … C’est vrai, je fume trop

Vartan : … L’amour c’est comme une cigarette …. Ça s’envole en fumée

Tabac et cigarettes immortalisés dans les chansons.

Drogue douce inscrite dans la Culture, encouragée par l'Etat, réglementée dans sa cultivation. Mot nouveau assimilable au culturage.

De retour de déportation, quelques uns ont obtenu une Licence IV pour tenir des débits de boissons, mon grand-père maternel, à trente-huit ans, a bénéficié d'un autre privilège : celui de pouvoir cultiver dans son jardin et pour sa consommation personnelle, neuf pieds de tabac sur lesquels il pouvait prélever les graines pour l'année suivante. Il devait laisser au maximum onze feuilles par pied et un contrôleur des Indirects passait parfois pour vérifier.

J'ai vu sécher sous le hangar lesdites feuilles récoltées avec soin. Quand elles étaient à point, après plusieurs mois, elles étaient découpées en fines lamelles au "coupe-chou" ce rasoir à lame plate soigneusement repliable dans son manche, affûté comme scalpel. Stockées dans un pot à tabac avec une carotte pour garder un peu d'humidité.

Les plus belles feuilles, les plus souples étaient roulées pour tenter d'en faire des cigarillos ….

Il a fumé, fumé et a réussi à vivre vingt ans avec ça. En achetant quand même du tabac, sa production n’était pas suffisante...

Les cigarettes sont dans les habitudes bien après le tabac très prisé (aussi par les femmes et ça je l'ai vu), chiqué (surtout par les marins et je l'ai vu aussi ! pouah)

En rouler une.

Prendre le carnet de feuilles OCB, le déplier et préparer une gouttière, prélever une touffe de brins en vrac dans la blague, puis placer le long du sillon, former un tube bien régulier entre le pouce et l'index les deux mains ensemble, rouler pour ramener le bord collant de la feuille au-dessus, mouiller avec la langue, finir l'application, retirer les quelques brins qui dépassent, bien tasser sinon c'est un pétard, et craquer une allumette pour l'enflammer ….

On peur utiliser aussi la boîte à rouler, moins artisanale que la main mais plus gourmande en tabac.

Les volutes de fumée s'élèvent. Aspirer et ne pas libérer, garder précieusement dans les poumons pour ralentir le cœur et la circulation, reprendre la respiration par le nez, les avaler sans tousser, toutes sensations connues par l'expérience.

Je ne fume pas. J'ai fumé gratuitement le tabac de mes grands-pères, de mes père et oncle, de mes frères, de mon mari et de ses amis, des collègues hommes et femmes.

J'ai rarement fumé, pour partager en convivialité ce qu'on appelle du "tabac de chine" (l'équivalent du monocle au bistrot)

J’ai dans les oreilles le claquement caractéristique d'un capot de Dupont offert à mon mari pour ses trente ans et je suis responsable – en partie – de son état.

J'ai un peu fumé avec Aurélien. J'ai fumé après Aurélien. Seulement quand c'est trop dur.

J'ai fumé la pipe, une petite en terre de bruyère, les cigarillos, le Café crème, le Café noir, les Ninas, deux havanes/barreaux de chaise – plus pour choquer que par goût – utilisé le coupe-cigare et chauffé avec l'allumette avant d'enflammer. En écrivant je pense que la circoncision devait se faire avec un coupe-cigare.

La cigarette est une arme de mort LENTE, ça tombe bien, on n'est pas pressé. J'ai vu à la radioscopie l'effet de la cigarette sur les artères du cœur. SAISISSANT, ne donne pas envie de continuer. Et pourtant on continue. On continue par dépendance, parce qu'on n'a plus rien à perdre, parce qu'on est accro à l'odeur, parce qu'on ne savait pas et même en le sachant il est difficile de renoncer, parce qu'on aime.

L'odeur du tabac associée aux parfums pour hommes permet aux femmes de passer inaperçues dans un groupe exclusivement masculin, ceux des femmes étant censés les attirer. Je porte des parfums d'homme. Les plus secs, les plus discrets, mais pour homme …..

Si mon écriture pouvait être parfumée, ce serait à la pierre à briquet.

Elle peut aussi sauver une vie : un piéton au bord d'une route. La nuit. Il tire sur sa cigarette. Bout incandescent. VU.

par Marie publié dans : marie-et-cie
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Lundi 21 août 2006

C'était le moyen-âge

 

Culbutée dans le fumier tout au long de sa vie, Marie a eu cinq enfants, tous de pères différents – l'état-civil précis dans ses enregistrements sont explicites. Qu'importe. Marie n'a jamais su ni lire ni écrire. Cependant tous baptisés. "Elle a mené une vie dans la misère la plus noire" disait – avant qu'elle ne décède - le curé du pays de Blondel et Leblond, d'un air de commisération. Il fallait bien les nourrir ses enfants ! et les riches fermiers venus du nord ont plus abusé d'elle qu'elle n'a su profiter. J'ai vu quelques photos, des quatorze juillet d'après-guerre 45, sur lesquelles elle souriait beaucoup, vieille pomme ridée, yeux brillants comme boutons de bottine, entourée de ses filles, ses gendres et ses petits-enfants, la génération suivante, des cousins, des cousines aux destins différents. Elle a quitté la vie à quatre-vingts ans, usée, sans dent. Il reste une fille.

 

par Marie publié dans : Elle
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Dimanche 20 août 2006

Dans le charme d’une ancienne et belle demeure on a pu visiter tour à tour les endroits merveilleux gardant les traces d’un passé luxueux empreint de volupté. Il en existe d’autres beaucoup moins prestigieux, utilitaires, du quotidien : la buanderie.

 

Je me suis abstenue de dire qu’à cette évocation je me suis revue dans ce lieu effrayant des fantômes de draps, de briques peintes en blanc, des toiles d’araignée impossibles à atteindre avec la tête de loup au bout de son long manche. Interdit aux enfants – surtout les tout-petits, avec l’eau et le feu, que d’accidents possibles ! J’avais cinq ans et toutes les semaines il était permis de prendre un bain dans la grande cuvelle, dernière eau de rinçage, quelquefois réchauffée au soleil de l’été et là c’était dehors, ma première piscine. Il fallait relever les nattes en couronne pour ne pas les mouiller. Fermer les yeux bien fort, le savon de Marseille pique et recevoir l’eau froide pour éliminer la mousse.

 

Amusant à cet âge et beaucoup moins plaisant quand on en a treize, la cuve est trop petite. Comme on était bien loin des vasques parfumées, des fontaines cristallines et des bains relaxants, le coussin sous la nuque, les lucioles dansantes. Loin encore du linge assoupli, des éponges moelleuses, des perles de parfum et des soies caressantes.

 

par Marie publié dans : Elle
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Vendredi 18 août 2006

De la vie de Noémie, il ne reste pas de trace, juste la transmission d'histoires qui se sont racontées par les uns et les autres, générations éteintes. L'origine rurale ne fait aucun doute, il faudra consacrer du temps, la dernière descendante à l'avoir connue de son vivant – une petite-fille qui a épousé un relieur parisien, Biarrot d'origine  - garde un mutisme farouche, elle a enjolivé toute sa vie en s'inventant un passé plus flatteur et ne va pas changer à quatre-vingt-douze ans, se privant ainsi de connaître la descendance de sa nièce ignorée. L'autre, sa dernière arrière-petite-fille qui a "une dent" contre les acteurs de son passé, ne veut pas en parler. Disons à sa décharge que son époux n'a jamais fait l'effort nécessaire pour donner à sa femme les clés de famille comme il a cherché les siennes. Quoi qu'on trouve ….

 

De Marie La Boue je n'ai pas su grand-chose, elle-même ne se souvenait pas vraiment des conditions de son enfance, tradition orale, que de rares bougies.

par Marie publié dans : Elle
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Lundi 14 août 2006

12 août – C'est son anniversaire. Son père l'a déclarée à cette date. Elle affirme qu'elle est née deux ou trois jours avant. Elle ne sait pas bien. Les témoins sont partis depuis un certain temps. Depuis deux mois sa fille aînée est à la recherche d'un cadeau qui lui plaise. Quelque chose qui la touche et qui lui montre que malgré tout ce qui les sépare elle est encore capable de passer outre. Elle a quatre-vingt trois ans, ce qu'il ne faut pas dire. Elle ne porte pas de lunettes, ni pour voir de loin, ni pour voir de près. Elle peut encore broder. Ses doigts sont assez souples pour manier le crochet et ses œuvres sont réservées aux épouses de ses fils, à ses petites-filles. Les arrières sont trop éloignées pour en bénéficier. Trouver un cadeau qui lui plaise à elle, pas un qu'elle lui rendra à la première occasion. Elle a les cheveux doux des bébés, bouclés, noirs avec fils d'argent, mais si peu que c'en est outrageant pour sa nièce devenue blanche à quarante ans. Elle a les mains fines, des ongles de princesse et personne veut croire qu'elle a eu six enfants. Alors pour sa fierté de femme qui s'occupe peu d'elle-même, sa fille va la conduire chez le coiffeur, la manucure prendra soin d'elle. C'est son mari qui va être content …

Elle n'a pas aimé, ça ne lui a pas plu. Elle rêve de voyages, tout ce qu'elle ne peut plus faire, un genou artificiel la prive de sorties, ses yeux à lui ne lui permettront plus jamais de conduire. Elle n'en a cure. La voiture dormira, elle ne veut pas la vendre. Reproches. Aigreur.

Elle m'a dit d'un air boudeur : "mon plus beau cadeau d'anniversaire de ma vie, c'est quand j'avais onze ans. Je suis sortie le soir de la loge et j'ai vu dans le ciel les étoiles pleuvoir, une pluie d'étoiles, un feu d'artifice à l'envers, rien que pour moi, le ciel m'aime. Je n'ai jamais eu de plus beau cadeau, je n'aurai jamais de plus beau cadeau"

 L'arrière-petite-fille de Noémie me fait un cadeau.

par Marie publié dans : Elle
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Vendredi 11 août 2006

Salut,

 Si j'envoie ce message c'est parce que je pense que le blog de Luc n'est pas une tribune où, du haut de son olympe il pourrait  regarder ce qui se passe au parterre et écouter les échanges. Bien que ça puisse l'intéresser, va savoir ….

Je suis une femme directe, non dénuée de pudeur et de franchise [encore qu'une femme franche est celle qui ne dit pas de mensonges inutiles]

J'ai été tentée d'écrire juste après toi : pour avoir des réponses aux questions, encore faut-il les poser ! afin de donner une suite à ton commentaire. Ce qui précède te dit pourquoi je ne l'ai pas fait.

Même si je ne suis pas la Marie citée – j'ai mis un comm. totalement anonyme avant le tien donc soit c'est une autre, soit tu fais allusion à un texte antérieur - …. la solution que tu me prêtes ne se rapporte pas à la machine à coudre. S'agit-il de ma main ?

Je suis toujours partante pour des échanges d'idées et comme ce que tu as écrit à propos de la 25ème heure – celle dont j'ai besoin moralement et intellectuellement, celle qui justifie l'existence – m'a beaucoup plu, je ne dirai pas plus mais j'ai ressenti, alors si tu le veux ma boîte t'est ouverte.

Bonne journée, que tu sois Sylvestre ou Médard ou les deux ..  en tout cas un VIVANT.

Marie

 21/10/2005

par Marie publié dans : marie-et-cie
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Jeudi 10 août 2006

Application de la stratégie de sécurité

 Cette phrase défile devant mes yeux, au quotidien des jours ouvrés, dans l'attente de la connexion au réseau. Machinalement je LIS.

Vingt années d'abstinence forcée n'ont pas eu raison de cette passion. J'affirme à mon entourage que c'est une nécessité physiologique, une gymnastique de l'œil qui, sans cet entraînement, rouillerait et crisserait à chaque détournement du regard, au battement des cils. On grince bien des dents …

 A ce moment précis ma pensée dérive vers toi et ton écriture. Dans ma tête des mots sans suite, des phrases décousues tourbillonnent et font leur manège psychédélique, insaisissables. Je n'ai pas réussi à affûter la pelle à tarte avec laquelle j'avais prévu d'écrire. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué !

par Marie publié dans : Aïe
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