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Dimanche 24 septembre 2006

Pendant

Belle journée. Du soleil, l’air est transparent. Elle a bien fait de tomber la chemise un tee-shirt suffira. La température de Paris dépasse de six degrés celle de sa campagne. Ses courts cheveux collent à la nuque. La chambre s’est vidée de deux de ses occupants et s’il est fatigué, il reprend espoir de sortir bientôt. Il n’ose plus se révolter, se fâcher et perdre toute raison, il a compris maintenant qu’il est à la merci des évènements. Elle souffre du dos, des épaules, du manque de sommeil. Elle ne fait plus semblant, elle n’a plus la force. Se laisse couler au pied du lit en position inconfortable et dormir : elle en rêve. Sortir et prendre l’air, cette pensée devient obsessionnelle. Le prétexte en est trouvé pour le renouvellement de la réservation télé et puis du téléphone – juste pour sa maman – les autres appellent, ça ne le dérange pas. Une petite demi-heure peuplée de fantômes qui lui font redresser la tête. Néanmoins une douleur tenace lui vrille le côté droit. Le temps semble une éternité, le ciel s’assombrit et il fait toujours aussi chaud. Puis vient la délivrance, l’heure du plateau-repas. Elle veille à ce qu’il n’oublie rien, mécaniquement, sans réfléchir : l’habitude. Il ne se décide pas à la laisser partir. Elle finit par lui dire qu’elle est épuisée et qu’elle rentre.

Retour

Au sortir du pavillon de briques datant d’au moins deux siècles, la pluie s’est mise à tomber. Passer entre les gouttes devient plus compliqué qu’éviter les badauds du marché. Irritée, parce que c’est sa faute, elle l’appelle pour lui dire combien son égoïsme lui coûte. Trop s’est trop. Heureusement Vincent Auriol écarte stoïquement les jambes et la laisse s’abriter. Cinq cents mètres sous le tube et c’est ça de gagné. Elle frissonne alors que mardi soir, dans le soleil couchant, le même Vincent lui offrait une haie triomphale, elle se sentait royale, son ombre s’allongeant à l’infini, seule au milieu des flots, revêtue de mots comme autant de caresses. Maintenant elle est trempée, elle frissonne et pense à la douche bien chaude en compagnie de Dune – bel échantillon rose et parfumé – Dune qui fait penser au ver dans lequel elle serait bien allée s’il passait sous la rue Clisson, rue Jeanne d’Arc et la rue des Rentiers. Un mot très bref à un ami et puis les draps. Le sommeil a raison de la douleur, elle sombre, pour être réveillée à vingt-et-une heures par la famille qui croyait que …

par Marie publié dans : Elle
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Samedi 23 septembre 2006

Elle doit descendre la voiture au sixième sous-sol, surtout ne rien laisser dedans ! C’est la recommandation du gardien … Il doit savoir de quoi il parle. Elle s’émeut d’être aussi naïve parce que sans réfléchir elle a fait confiance et n’a pas été déçue. Il lui semble difficile d’être toujours méfiante et en toutes circonstances ; bien que les portières soient toujours verrouillées pour éviter les surprises dans la circulation. Elle remonte ses chaussettes et se lance dans les rues. Aujourd’hui c’est vide-greniers sur la place du square Souham où une petite vieille asiatique s’étirait avec lenteur ces jours derniers, le regard lointain, ailleurs quand la sérénité illuminait ses traits. Exemple à suivre, bénéfice à en retirer. Absente ce matin, faute de place encombrée par des vieilleries, natures mortes, dérisoires. Ensuite elle contourne l’église Jeanne d’Arc et traverse aux feux en trichant quelque peu avec le bonhomme rouge si aucun véhicule ne pointe le bout du capot. Respiration profonde devant la boulangerie, l’odeur du pain chaud lui flatte les narines. Puis elle se retient mécaniquement devant l’échoppe du cordonnier, en fait de même près de la teinturerie. Aujourd’hui c’est marché. Des légumes aux épices, tout sollicite les sens en éveil. Le sucre et la cannelle dominent le poisson. Elle ondule gracieusement entre les cabas, les poussettes ou tout au moins tente de la faire avec grâce et distinction. Donner l’impression, se donner l’impression. Toute faiblesse mérite soutien et son orgueil démesuré lui fait bloquer un sourire permanent au coin des lèvres. Elle se sent soutenue continuellement, elle en reçoit des témoignages et des encouragements et s’il n’était Aurélien désespérément absent, la vie serait presque belle. Et pourtant aujourd’hui elle aurait dû être près de ses petites-filles, la dernière a trois ans. Anne-Laurie ne verra pas mamie. Elle retient une larme, à quoi bon laisser couler, les traces seront visibles et le temps est compté.

 

A gauche, à droite, loin des poubelles elle avance. Les rues sont lavées tous les jours, les caniveaux ruissellent d’une eau limpide et sentent le propre. Rue Dunois, le Nouveau Monde écrasant et si particulier, le restaurant chinois, asiatique, vietnamien, indonésien – sait-il ce qu’il est réellement ce tout-en-un ? Encore deux traversées calculées, sans risque et puis la rue Bruant. On y est.

 

par Marie publié dans : Elle
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Jeudi 21 septembre 2006

Neuf marches à monter. Tirer la lourde porte à la poignée collante, ne pas laisser claquer.

 

Elle avance d'un pas ferme et décidé, ce n'est pas le moment de se laisser aller à la colère grondante. Vingt-quatre marches en colimaçon, dernière ascension et puis le couloir encombré de cartons à jeter. Encore une porte à franchir et là, au fond du couloir, des chariots en tous sens, des potences, des gens, des regards appuyés.

 

Instinctivement elle redresse la tête pour s'apercevoir que là-bas, tout au fond, de nombreux bras s'agitent. Des signes, des appels de la main, des mines consternées et le tout en silence. Que comprend-elle ? Mâchoire serrée elle tourne la tête au passage. Des blouses affairées, le désordre de la chambre. Ses yeux sont ouverts. Laissons faire, c'est l'urgence. Son urgence à lui est de savoir qu'elle est là. Elle ne peut entrer, il faut qu'il la voit. Il faut, c'est nécessaire, vous ne comprenez donc pas ? Ce n'est pourtant pas faute d'avoir prévenu, peu importe qu'il meure du moment qu'elle est là : c'est ce qu'il veut : qu'elle lui tienne la main, qu'elle lui dise qu'elle sera toujours là. Il n'a pas peur, il ne veut pas partir seul. Est-ce donc si difficile à comprendre ? Son pire à lui est de se croire abandonné. Il est conscient. Les gens sont pleins de compassion et ne comprennent pas qu'elle reste debout, le regard dur. Elle n'a pas de courage, elle a promis et elle est de la race de celles qui sans faillir appuieront jusqu'au bout pour endiguer le fleuve rouge laissant filer la vie par un éclat de rire..

 

Il l'a vue, elle lui parle et ses yeux disent tout pour le sauver du pire.

 

par Marie publié dans : Elle
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Jeudi 14 septembre 2006

J'aime le son du corps se glissant dans les draps.

 

Quand il a dit « je t'aime » ses genoux ont fléchi.

 

Le regard vacillant, mains jointes, prière muette, il attendit l'effet d'un aveu l'engageant.

 

C'est aliéner sa liberté, prendre le risque de se voir rejeté, moqué, surtout être déçu. La décision est un choix irréversible.

 

Il a dit « je t'aime » et puis l'autre a pleuré.

 

Mille milliards de "je t'aime" écrits en lettres d'or au firmament lointain ne recouvriront rien s'il n'est l'écho d'un seul pour remplir tout l'espace.

 

Il a redit « je t’aime » et puis il est parti.

 

par Marie publié dans : Lui
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Mercredi 13 septembre 2006

Dans le couloir ils disent « ici c’est comme à l’armée » sans préciser laquelle mais vu leur âge

 

 

Alors là je dis NON !

 

Bon, d’accord, il faut partager une chambre à trois : c’est déjà différent des chambrées.

 

Il faut utiliser un lavabo et une lunette pour trois.

 

On est servi sur un plateau, parfois canard et même pintade, c’est mieux qu’à la caserne.

 

Le seul point commun entre l’armée et l’endroit où je déambule est la mixité culturelle et sociale. C’est normal et qu’on soit Pakistanais ou Togolais, la souffrance n’a pas de frontières, d’ailleurs le regroupement ethnique génère des aigreurs et fait le miel de l’extrémisme. D’un côté reconnaissance pour la moindre attention, de l’autre mépris et récriminations.

 

Une réflexion au passage : les Asiatiques sont en bien meilleure santé !

 

 

Si je me le rappelle, le Seigneur a dit « Croissez et multipliez » avait-il imaginé dans son éternité que les maladies nosocomiales allaient le suivre au pied de la lettre ?

 

Elles ont un avenir tout tracé et pas de souci à se faire. Les industries pharmaceutiques non plus.

 

On est ici aux antipodes de l’armée. A la caserne on apprend aux hommes l’hygiène et l’ordre, qu’il y ait de la place ou non.  C’était oublier que ceux d’ici n’ont pas fait de service militaire.

 

La propreté serait l’affaire des femmes ? et bien soit, laissons aux hommes les « corvées » des transports et des déplacements et aux femmes la serpillière.

 

Par souci d’économies il est supprimé quantité de postes d’aides en blouse rose ou bleue. Il n’appartient pas aux infirmières ni aux élèves de nettoyer les tables, les sols et les sanitaires. Qui va le faire puisque ce ne n’est pas fait ?

 

Mon seul regret, qui n’en sera pas un, est de prendre l’emploi de quelqu’un qui en a besoin pour nourrir sa famille sans être obligé d’attendre les aides de l’ordre social, généreusement financées par nos soins attentifs et si les Marie bonne à tout faire - ce n’est pas déchoir que d’employer cette expression du siècle dernier – voulaient se donner la main et agir : « sus au microbes » pour sauver la planète-santé à défaut de pouvoir faire plus pour l’autre !

 

 

C’est décidé, demain je débarque avec mon seau et mon balai.

 

par Marie publié dans : marie-et-cie
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