Quand tu compares les siècles j’aimerais échanger, donner mon point de vue, répondre à ta
réponse.
Quand tu me parles santé et te soucies de mes yeux qui seraient tous cassés à trop lire, je
soliloque en pensant que je ferais mieux d’écrire, c’est peut-être ce que tu me souffles ou bien encore me faire comprendre que je dois « m’occuper de mes affaires ».
Des mots bien inutiles serpentent dans mon esprit.
Association d’idées, ils viennent spontanément, comme des bavardages légers avec des images, des
illustrations.
L’Illustration. Une revue qui m’a beaucoup fait rêver, tout comme Le petit Echo de la Mode, le catalogue des Trois Suisses et l’Almanach Vermot. C’est à dessein que je cite les titres des revues régulièrement feuilletées lors de mes apprentissages. L’humour,
les caricatures, les dessins, les sublimes visages de femmes américaines présentées au monde dans leurs robes gracieuses. Point de taille outrageusement serrée au risque de perdre le souffle au
moindre déplacement, je n’avais pas l’âme d’une Marguerite Gauthier.
Les courants d’air ne déplaceront jamais les montagnes et quand un orage éclate c’est que les
chinois sortent les poubelles. Sauter du coq au chien. Décousu, couture.
L’une de mes grands-mères était couturière. Couturière libérale comme on dit de nos jours, avec un
don particulier pour travailler dans le flou. Un petit métier qui prenait toute son importance dans les milieux aisés d’avant-guerre (de 14) pour des femmes nostalgiques des époques qu’elles
n’avaient pas connues …
Je revois le cabat d’Hélène avec, dans le fond, un journal soigneusement lissé au fer à repasser et
une paire de ciseaux, chromés j’imagine, étincelant sous les lustres des boudoirs, outil précieux auquel il était formellement interdit de toucher.
Je la regardais découper un col, une dentelle, à main levée, sans le mètre ruban ni autre crayon
pour tracer au préalable et le patron s’adaptait parfaitement à l’encolure de Zélie. Je cite le prénom, pas un diminutif destiné à dissimuler un autre plus commun, non, le sien. Je la revois
encore dans son salon, comment la décrire ? une dame cinquantenelle à la Faizant sans les bajoues, avec des bijoux qui la faisaient ressembler à un sapin des fêtes de fin
d’année et surtout des chaussures à talons hauts, en tissu moiré du plus bel effet. Bas de soie. Bas du corps, ce que l’enfant voit d’abord. La perspective est différente et comme j’avais le
droit d’assister aux essayages, j’imaginais le résultat sur les statues des musées. J’avais juste le droit de ne pas parler.
Hélène se créait des modèles et ses amies voulaient avoir les mêmes robes sur mesure, comme
avant-guerre (de 40), jupes avec des franges, comme les abat-jour. Fin de la belle époque, fin des rationnements et Juliette n’avait pas encore refait son nez …
Hélène me confectionnait des robes … immettables, à user jusqu’à la corde.
Mary Kant décide de couper et crée la minijupe. Elle fut réalisée en peau (67).
Il n’était pas question de tirer dessus, elle était parfaite de maintien, cependant j’avais
largement dépassé l’âge où cette tenue éminemment … bref pour moi ce fut la jupe-parapluie jusqu’aux chevilles. Toujours en décalage.
Et si je parlais de moi ? dans la futilité, dans l’éphémère, tout ce qui me fait sourire sans
nostalgie et sans regret. Paraître. Etre.
Fouiller dans les tiroirs du chiffonnier de la mémoire et sortir du placard les escarpins à talon
aiguille, hauteur onze centimètres. Cela paraît extravagant aux hommes, comment peut-on marcher avec de telles échasses : on peut. J’ajouterais même qu’avec l’habitude il est difficile de
marcher avec des talons plats …
Pour qui raconter tout ça ? Révéler de soi ce que les autres ignorent ou connaissent au travers
des racontages affirmatifs auxquels il n’est pas possible de donner son point de vue. Ainsi mes enfants, pour connaître ma jeunesse se sont adressés à leurs grands-parents au lieu de croire ce
que je disais ! Pour faire bonne mesure ils racontent ma vie à leurs enfants avec le conseil de faire confirmer par leurs arrières grands-parents. Si la discussion dépassionnée prend un tour
contradictoire, c’est tout juste si je peux parler …. Les faits, rien que les faits.
Ceci constitue une non-répartie et je ne sais dans quelle catégorie classer : « de jour en
jour » réservée aux faits divers, « Elle » pour les autres au féminin alors parler de moi à la troisième personne me donne l’impression de décrire un miroir.
"génération" est pour celle d'après, « Moi, Je », ne correspond pas à ma manière de penser. Ce sera « Aïe »
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