La jolie contribution d’un visiteur à la valorisation de mes deux lignes m’a fait remarquer une évidence qui ne
saute jamais à mes yeux : l’aspect de ma main.
Je ne la voyais pas cette main, je ne visais que les mots.
Mes mains :
Elles sont au bout de mes bras, bien utiles, que dis-je, indispensables au verbe faire dans toutes ses conjugaisons et je considérais que leur utilisation hier en plein air
n’avait qu’un seul effet : maintenir en lisibilité la page réceptrice de mes écrits.
Au temps de ma jeunesse, les mains imparfaites qui n’avaient pas la chance de ressembler à celles des « Jeunes filles au piano » se devaient, pour aller à l’office, porter des gants blancs, soie ou filoselle, réalisés au crochet et l’hiver des mitaines de laine, gants dont les extrémités sont coupées.
Il l’a vue potelée, elle est assez noueuse, les éphélides accentuées par le soleil derrière les vitres. Qu’importe si la droite est d’une autre couleur …
Ton mot a rafraîchi ma mémoire et remis en vedette un évènement qui suscita en son temps des quolibets.
C’était tout comme hier, une réunion d’entreprise avec des discours, au moins trois cent personnes dans la salle, des flûtes et du champagne, des vœux. Dans le brouhaha, comme les canards en plus aigu, M.D serre des mains, prend la mienne, s’incline très légèrement et me baise les doigts. Sublime attention, vanité jubilatoire de ma part pour un geste sans importance et néanmoins plein de distinction, je fus la seule à bénéficier de cette attention. Clin d’œil de connivence habilement dissimulé, il dit pour sa défense que j’étais la seule à en comprendre la signification.
La vie lui fut ôtée, un cancer ignoré. C’était il y a quinze ans. Depuis je n’ai pas changé – seulement la peau de mes mains - ce n’est pas maintenant que je vais la cacher. Sans être dupe, je reste sensible aux marques de courtoisie.
Merci Monsieur Shaggoo

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